Les « tabarnak » de jurons québécois expliqués de A à Z

Karine Beaudin 2 octobre 2017 157 commentaires Lu 213050 fois

Commençons par se dire les vraies affaires : personne ne dit « tabernacle » dans la Belle Province. On dit « tabarnak ». 

Si vous voulez imiter notre accent et nos mimiques de manière réaliste, l’utilisation correcte des sacres est de mise (chez nous on ne jure pas, on sacre).

Pratiquez-vous un peu avant d’entamer votre prochain road trip au Québec ou de vous improviser comédien le temps d’une soirée.

 

Les principaux sacres québécois

bucheron québécois
Au Québec, on ne jure pas, on sacre.

Crisse

Peut aussi s’écrire « criss ». 

On l’emploie pour désigner une personne ou une chose, pour définir quelque chose ou pour ajouter du punch à une phrase.

  • Origine : provient du Christ
  • Exemple : « crisse que c’est beau Charlevoix », « crisse d’imbécile », « reviens ici mon p’tit crisse », « la file d’attente est longue en crisse », « outch crisse ! », « c’est beau en crisse », etc.
  • Variantes douces : crime, cristi, criff, etc. 

Calisse

Peut aussi s’écrire « caliss », « câlice », « côlisse » ou « câlisse ». On emploie généralement « calisse » à l’écrit, mais on prononce bien l’accent circonflexe à l’oral. 

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Celui-ci est un peu comme le grand frère de « crisse » : on l’utilise pratiquement de la même façon, juste un peu plus intensément. 

Quand on le dit seul, c’est principalement pour exprimer du découragement ou de la frustration. Plus le « a » est étiré, plus le sentiment est intense. 

  • Origine : Provient du calice, une coupe utilisée durant les célébrations religieuses pour la consécration du vin. Le vin à l’intérieur de la coupe rappelle le sang du Christ. 
  • Exemple : « calisse que c’est laid », « es-tu sérieux calisse ? », « le p’tit calisse » 
  • Variantes douces : câline, câlique, caline de bine, câlasse, câlibine, etc.

 

Ostie

Peut aussi s’écrire « osti », « esti », « asti », « sti ».

Pour la majorité des Québécois, c’est le juron qu’on utilise le plus, surtout la version coupée, « sti ».

C’est aussi le premier que les Européens établis au Québec apprennent généralement à maîtriser.  

On l’emploie pour désigner une chose ou une personne, et aussi comme un adjectif.

  • Origine : proviens de l’hostie, le pain de communion que le célébrant d’une célébration eucharistique partage avec les fidèles. L’hostie rappelle le corps du Christ. 
  • Exemple : « sti qu’c’est beau », « ostie qu’il m’énerve », « y’a du monde en ostie à Montréal pendant le festival » « l’ostie est encore arrivé en retard », « ostie que j’ai hâte de te voir ! »
  • Variantes douces : estifi, ostifi, estik, etc.

 

Tabarnak, (pas tabernak, ni tabernacle)

Peut aussi s’écrire « tabarnac », « tabarnaque ».

Tabarnak est la grande star des jurons québécois, celui qui soulage le plus, celui qui a le plus d’impact… et celui qui est le plus déformé par nos cousins français. 

Je l’ai mentionné plus haut, je le répète : c’est « tabarnak », pas « tabernacle ».

Tabarnak est employé avec beaucoup d’intensité pour désigner une personne ou une chose ou pour définir quelque chose. 

On le divise souvent en 3 syllabes pour ajouter un ton dramatique…

On peut aussi utiliser la version coupée « ta’ » pour faire plus poli, mais celle-ci n’a aucun impact. À la limite, elle est mignonne : « je l’aime en ta’ ». 

 

Qu'est-ce que veut dire tabarnak en québécois ?
 

Cette expression véhicule une gamme d'émotions allant de la rage à la stupéfaction. Les Québécois l'utilisent notamment pour marquer leur exaspération face à une situation frustrante ou leur sidération devant un événement inattendu.

Son usage varie selon le contexte social : à proscrire dans un cadre professionnel ou formel, mais couramment employé dans les conversations familières. La force de ce juron réside dans sa capacité à cristalliser instantanément l'intensité d'une émotion ressentie.
 

  • Origine : Provient du tabernacle, le meuble où sont rangées les hosties dans une église.
  • Exemple : « TA-BAR-NAK, j’en reviens pas ! », « le parc Forillon, c'est beau tabarnak », « il fait frette en tabarnak », « le vieux tabarnak », « ayoye tabarnak ! », «c'est beau en tabarnak» .
  • Variantes douces : tabarnane, tabarnouche, tabarouette, tabern’, taboire, ta’, etc.

 

Ciboire 

On le prononce « ciboère ».

Celui-ci est un peu moins fréquent que les autres. Les générations plus jeunes l’utilisent plutôt rarement.

On l’emploie majoritairement comme un adjectif. 

On peut ajouter « saint » devant. Cette formule est beaucoup utilisée pour exprimer une émotion négative, souvent du découragement. 

  • Origine : Provient de ciboire, le vase dans lequel on retrouve les hosties. 
  • Exemple : « saint-ciboire… c’est épouvantable » « j’ai eu une ciboire de contravention » « y fait frette en ciboire »
  • Variantes douces : cibole, ciboulot, cibolac, etc.

 

Sacrament 

Sacrament est, selon moi, le juron le plus puissant. Quand il fait froid en sacrament, c’est que ça caille. Vous aurez surement l'occasion de le placer lors de votre voyage d'hiver au Canada.

On l’emploie comme un adjectif, et beaucoup en fin ou début de phrase.

  • Origine : Provient de sacrement, un rite chrétien sacré. Le baptême et le mariage sont parmi les plus connus.
  • Exemple : « C’est laid en sacrament ! » « Sacrament que c’est laid ! » « Fous-moi la paix sacrament »
  • Variantes douces : « sacrifice », « sacréfice », « sac », etc…

 

Origine des jurons québécois

Église québecoise
Les sacres font partie de l’héritage laissé par la religion catholique au Québec. 

À l’époque, l’Église contrôlait la société. Durant la Révolution tranquille, dans les années 60, elle a perdu énormément d’influence et l’usage des sacres est devenu de plus en plus fréquent. 

On dit que c’était une façon pour les hommes et les femmes de se rebeller contre l’autorité religieuse.

Aujourd’hui, les jurons font partie du vocabulaire des Québécois, et ils sont pratiquement inévitables une fois de temps en temps.

 

Les déformations

Homme énervé
L'art de conjuger un sacre...

Transformer un sacre en adverbe

Les jurons suivants peuvent aussi être transformés en adverbe, vous permettant ainsi d’amplifier un adjectif :

  • Crisse Crissement : « c’est crissement beau » « c’est crissement long » « il fait crissement froid »
  • Calisse Calissement : « il fait calissement chaud dehors », « j’ai calissement faim »

 

Transformer un sacre en verbe 

Les jurons suivants peuvent aussi être transformés en verbe. Attention, la maîtrise des verbes est complexe.

Je compare souvent cette pratique avec les Schtroumpfs et le verbe « schtroumpfer ». Ça vous sonne une cloche ?  

Les verbes formés par des jurons s’utilisent dans plusieurs situations, et il faut porter attention au contexte pour bien comprendre.

  • Crisse Crisser
  • Calisse Calisser
     

Voici quelques exemples :

  • Je l’ai calissé là : Je l’ai laissé tomber
  • Ça me criss à terre : Ça me jette par terre
  • Criss-moi la paix : Fous-moi la paix
  • Décaliss d’ici | Criss ton camp : Vas t’en 
  • Tu me décriss quand tu parles comme ça : Tu me fais mal, tu me fais de la peine 
  • J’ai crissé le camp par terre : Je suis tombé
  • Je lui ai calissé une claque : Je l’ai frappé
     

Généralement, les verbes formés avec « calisse » sont plus puissants que ceux formés par « crisse ». 

 

Voilà !

Surtout, souvenez-vous que sacrer n’est pas particulièrement poli. On comprend votre enthousiame à être dans la province où l'on parle le plus français au Canada mais on essaie de le faire le moins possible.

À utiliser avec modération lors de vos imitations ou lors de votre prochain séjour au Québec.  

Dites-moi, est-ce qu’il y a un autre juron qui pique votre curiosité, et que je n’ai pas mentionné ? Si oui, n’hésitez pas à vous exprimer dans la zone commentaires ci-dessous

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À propos de l'auteur

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Amoureuse de nos grands espaces et conseillère en voyages pour l’équipe Authentik, c’est avec fierté que je fais découvrir les plus beaux trésors de mon pays au reste de la planète. Bienvenue chez nous !

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157 commentaires

Manu 8 septembre 2026, 08h59
J'ai carrément crissé le camp par terre de bonheur en lisant cet article.
J'adore le François du Canada, tellement plus chantant et gai que celui qu'on pratique encore de ce côté de l'Atlantik et plus proche de celui qu'on pratiquait du temps de ce bon Roy de France, Louis le 15è.
P'têt qu'un jour je vous apprendrai à sacrer en belge... c'est correct aussi et on peut en abuser !
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Mélaine 8 septembre 2026, 11h18
Bonjour Manu,
Merci pour votre commentaire ! On est fiers de notre belle langue québécoise qui continuer de perdurer et effectivement cela se rapproche du français pratiqué à l'époque.
Avec plaisir pour apprendre quelques sacres en belge ! ;)
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Manu 8 septembre 2026, 12h00
Pour ce qui est des sacrements à la belge, je vous recommande de lire les aventures de Gaston Lagaffe; Prunelle, le collègue de Gaston en est particulièrement coutumier... il faut dire qu'avec ce qu'il subit des gaffes de Gaston, il y a de quoi sacrer :D
Sinon il y a le classique "Gotferdom" => "Godverdomme" (en Flamand) ou "Gottverdammt" (en Allemand), l'équivalent de "God (be) damn(ed)" ... la Belgique est un pays linguistiquement compliqué aux influences multiples ...
C'est assurément celui que je pratique le plus :D
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Manu 8 septembre 2026, 11h49
Bonjour Melaine,
Merci de votre gentille réponse, je ne m'attendais pas à ce que ma petite bafouille suscite si vite une réaction ;-)
Soyez fiers de votre langue, de votre Canada, surtout en ces temps où certains Criss de plâtre outre Niagara se verraient bien en faire le 51è état d'une union qui ne fait plus guère rêver.
Bonne continuation, au plaisir.
Un de ces jours je viendrai découvrir votre joli coin de Terre, savourer une bonne poutine et autres mets dont vous avez le secret avant de repartir avec quelques barriques de sirop d'érable.
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Joanne 1 août 2026, 07h59
À l’école élémentaire, on chantait une chansons de deux couplets dont je ne me souviens que du premier. Peut-être quelqu’un se souvient du deuxième? En hiver, calvaire, ça glisse, calisse, mets tes claques, tabanark, ou tes skis mon hostie; …
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irene 26 février 2026, 15h55
salut !
suis bresilienne mais j ai vecu a quebec ( st jean sur richelieu ) dans les annees 81/82, a travers d un echance d etudiant. bien, a ce moment la ils ont m appris tout ça ! rsrssrrsrs
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Mélaine 2 mars 2026, 12h25
Bonjour Irene,
Super anecdote ! Comme quoi les échanges internationaux sont aussi bien pour les études que pour découvrir une nouvelle culture et des nouvelles expressions.
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Claire 8 février 2026, 12h21
Quand j'étais jeune (née en 1950, à Montréal), ma mère nous a avertis, mes frères, ma soeur et moi, que si elle entendait l'un de nous prononcer un sacre, qu'elle nous laverait la bouche avec du savon vaisselle (la marque Joy à l'époque). Comme elle en était capable, la pratique ne s'est pas développée dans la famille. Ceci dit, quand je suis très fâchée, dans le confort de ma maison, j'en lâche un, deux ou trois ... ça fait du bien!
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Mélaine 11 février 2026, 11h54
Bonjour Claire,
Merci pour ce partage de souvenir d'enfance. En effet, cela ne donnait pas envie de sacrer !
Maintenant avec du recul, en dire de temps en temps sous l'émotion peut faire du bien, tant que c'est une utilisation raisonnable comme vous faites.
Promis, on garde cela pour nous !
Belle journée Claire
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Raynald Grenier 27 décembre 2025, 18h50
« Sacrer » c est ridicule en québécois mais encore plus provenant d’une personne avec un accent non québécois. Ce ne sont pas tous les Québécois qui « sacrent ». Mes ancêtres sont venus en Nouvelle-France et ont apporté des mots et expressions venus d’Europe, utilisés encore par mes parents (il y a moins d’un siècle). Les « sacres » ont été inventés par nos colonisés ayant oublié une partie de leur français mais honteux de parler anglais. Francophones je vous demande de nous aider à retrouver notre langue sans arrogance cependant car nous sommes susceptibles et beaucoup se souviennent avoir été abandonnés lors de la conquête.
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Justine 29 décembre 2025, 10h15
Bonjour Raynald, merci pour votre partage. Vous avez raison : la langue québécoise est riche, plurielle, et ne se résume ni aux sacres ni aux clichés. Il faut aborder les choses avec respect et nuance. Il y a beaucoup de respect et de bienveillance dans cet article ! Je vous souhaite de belles fêtes de fin d'année.
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